« Le devoir des grands États est de servir et non de dominer le monde » déclare Truman dans son discours du 16 avril 1945 devant le congrès. En effet, au sortir de la guerre les Etats-Unis apparaissent comme la puissance hégémonique du monde avec les devoirs que cela sous entend Puis, peu à peu, ils apparaissent comme le leader d’un des deux blocs de la guerre froide. Dès lors, les alliances se multiplient avec les pays européennes puis les pays asiatiques et africains.
De nos jours, les États-Unis interviennent toujours à l’échelle mondiale aussi bien au niveau politique et militaire qu’au niveau économique, diplomatique et culturel. Le mode d’expansion est aussi bien le softpower que le hard power. Les États-Unis sont donc une superpuissance avec un leadership mondial en dépit de la concurrence accrue. .
Comment les États-Unis ont transformé et modelé la notion de puissance depuis 1945 en alternant interventionnisme de type wilsonien et unilatéralisme ?
I) L’hyperpuissance des Etats-Unis au sortir de la Seconde guerre mondiale
1) La Seconde Guerre Mondiale,
Après leur entrée en guerre, les États-Unis sont la principale puissance engagée sur les deux fronts principaux du conflit.
Les EUA sortent du conflit en position de superpuissance militaire et stratégique. Avec l’effondrement de l’Europe et du Japon, ils sont la seule puissance réellement mondiale par sa position dominante dans l’Atlantique Nord comme dans le Pacifique. Le monopole de l’arme atomique leur donne une suprématie technologique et militaire indiscutable.
La puissance des États-Unis en 1945 est aussi économique. L’effort de guerre a dynamisé la production intérieure : PNB 1929 x 2 et effacé la période de dépression des années 30 ; la production industrielle représente 50 % de la production mondiale ; les E.-U. ont été les banquiers de leurs alliés et le Victory program a permis de faire tourner les usines à plein régime éliminant définitivement le chômage.
En 1945, face à l’Europe et à l’Extrême-Orient dévastés, les E-U. disposent d’un territoire intact et d’un potentiel économique accru par l’avance technologique.
Enfin, la puissance diplomatique des États-Unis s’est affirmée pendant le conflit grâce à leurs participation à toutes les conférences (par exemple à Yalta du 4 au 11 février 1945) pour négocier l’avenir de l’Europe et la création de l’ONU. Dans cette organisation, les EUA occupant un des 5 sièges du conseil de sécurité , cela leur permet d’atteindre le rang politique équivalent à leur puissance économique.
Tout comme son allié soviétique, les États-Unis deviennent donc, par la Seconde Guerre mondiale, une superpuissance rayonnant sur le Nouvel Ordre mondial de 1945.
2) Les nouveaux leaders économiques et culturels
Dès les derniers mois de la Seconde Guerre mondiale, les Alliés mettent en place les bases de reconstruction d’un nouvel ordre mondial. La refondation du système économique mondial est un enjeu essentiel. Comme la guerre a permis aux États-Unis d’accroître leur puissance économique (ils possèdent alors les deux tiers du stock d’or mondial), ils vont mettre en place un système économique clairement à leur avantage :
-la conférence de Bretton Woods de juillet 1944 fait du dollar la seule monnaie convertible en or.
Cette puissance est renforcée par la mise en place d’institutions internationales qu’ils dominent : le Fonds Monétaire International (doit permettre la régulation du système monétaire mondial), et la BIRD, (future Banque mondiale qui doit financer les projets de reconstruction d’un monde meurtri) ont toutes les deux leur siège à Washington, ce qui montre bien la main mise des États-Unis sur ces institutions stratégiques.
Enfin, les accords du GATT, initiés par les EU et signés par 23 pays en octobre 1947 imposent la philosophie du libre-échange à l’ensemble du monde occidental, ce qui profite aux EU, la puissance commerciale dominante !
La puissance américaine repose également sur le Soft Power. Le modèle culturel américain s’impose par sa capacité de séduction, d’attraction. C’est l’American Dream, les Etats-Unis sont un pays porteur de rêve, d’espérance et les limites réelles du modèle n’y changent rien. Leur culture populaire est devenue une culture monde connue et reconnue par le cinéma hollywoodien et la télévision dès les années 1960, diffusant un modèle de vie fantasmé : c’est l’American way of life porteur du rêve américain.
3) la doctrine Truman, le Hard Power en action
Afin d’empêcher le communisme de se répandre le Président des États-Unis énonce, dans son discours au Congrès du 12 mars 1947, la doctrine Truman s’appuyant sur l’idée du containment. (Endiguement) Il s’agit ici d’endiguer le communisme
Les États-Unis s’affirment à travers celle-ci comme un modèle politique, celui de la démocratie libérale, dont l’objectif est le triomphe des valeurs dont ils se veulent porteurs : démocratie, liberté, capitalisme. L’affirmation de la puissance se fait ainsi au nom d’un certain idéal qu’il faut défendre face à la menace de l’adversaire. (=Idéalisme.)
Afin de concrétiser la doctrine Truman est mis en place le plan Marshall (5 juin 1947) d’aide à la reconstruction de l’Europe. Celui-ci constitue bien une arme économique et politique, car la reconstruction de l’Europe doit permettre d’intégrer celle-ci dans la sphère d’influence états-unienne tout en favorisant la libéralisation des échanges favorable à l’économie des EU.
Deuxième forme d’application de la doctrine Truman = l’alliance militaire. en 1949, constitution de l’OTAN. Les pays d’Europe de l’Ouest et le Canada se réunissent derrière la puissance militaire des EU + protection contre URSS avec bombe atomique.
Puissances économique (Plan Marshall) et politico-militaire (OTAN) les EU possèdent alors les deux aspects essentiels de ce que l’on appelle le Hard power. (Notions de Hard et Soft Power = définies par le politologue américain Joseph Nye ds un de ces ouvrages en 1990)
II) La guerre froide : les Etats-Unis, leader du monde libre.
1) Une puissance interventionniste
Lors de sa prise de fonction en janvier 1953, Eisenhower est disposé à poursuivre la doctrine Truman. Selon le nouveau Président, il faut non seulement endiguer le communisme, mais aussi le refouler. D’où la mise en place de la politique du « Roll Back ».
Cette nouvelle politique est possible car les EUA s’allient militairement avec les pays qui se sentent menacés. (Ex. le Japon 1951, La Chine Nationaliste 1951, La Corée du Sud 1953, le Vietnam du Sud 1954) et de nombreuses bases militaires sont disséminées de par le monde.Cette nouvelle politique confirme la conséquence déjà présente dans la politique d’endiguement, freiner ou refouler le communisme peut parfois mener à l’affrontement guerrier…
Même si pas d’affrontement direct avec l’autre superpuissance, la superpuissance étasunienne s’engage militairement à deux reprises en Asie :
-Guerre de Corée (1950-1953)
-Guerre du Vietnam (1962-1975)
Cet engagement se révèle être un piège et va considérablement participer d’une certaine érosion de la puissance à partir du milieu des années 60.
2) 1965-1980 : un leadership remis en cause
L’image des États-Unis est fortement dégradée par la connaissance des exactions commises au Vietnam (photographie de Nick Ut), mais aussi par l’importance des problèmes intérieurs : dénonciation de la guerre par la jeunesse états-unienne qui s’incarne dans une contre-culture (mouvements beatnik et hippie), émeutes des ghettos noirs 1965- 1968 (Watts, Newark, Detroit,..), assassinat de Martin Luther King le 4 avril 1968,… Avec la défaite du Vietnam en 1973-1975 et le scandale du Watergate qui pousse à la démission le président Nixon en 1974, la crise morale menace un peu plus les États-Unis qui doutent d’eux-mêmes. D’autant que la guerre coûte extrêmement cher et les États-Unis connaissent une certaine érosion de leur domination économique au moment où s’affirment de « nouveaux » concurrents, Japon et CEE, ce qui les amène le 15 août 1971 à suspendre la convertibilité du dollar en or et de fait à mettre fin au système de Bretton Woods.
Les dirigeants états-uniens entendent alors réaffirmer leur position planétaire, mais la realpolitik incarnée par Kissinger et Nixon brouille plus encore l’image de leader du monde libre que les États-Unis avaient construit : le soutien systématique aux dictatures sud américaines semble par exemple en contradiction totale avec le statut d’étendard de la liberté que brandissent les États-Unis.
L’élection de Jimmy Carter en 1976 dessine une inflexion diplomatique en rupture avec celle de l’administration précédente, c’est la politique dite des « bons sentiments », il met en avant les droits de l’Homme et prend ses distances avec les dictatures autrefois soutenues.
Cependant les échecs marquent la fin du mandat de Carter : révolution islamique puis prise d’otages à l’ambassade américaine en Iran. Cela coûte à Carter sa réélection.
3) America is back ! L’Amérique de Reagan ou la superpuissance victorieuse
Avec l’arrivée de Reagan à la tête du pays, on assiste à un « sursaut » des États-Unis.Derrière son slogan de campagne, America is back, il entend affirmer avec force la supériorité des États-Unis et dénonce l’idée d’un déclin inévitable. Il décide de relancer l’effort militaire du pays avec l’Initiative de Défense Stratégique ou Star Wars, le budget militaire augmente alors très fortement (de moins de 5 % du PIB en 1977 à 6,5 % en 1987).
Il impose ainsi une course aux armements que l’URSS ne peut suivre. Reagan réaffirme ce qu’il considère être la supériorité morale des États-Unis sur l’URSS, qu’il qualifie « d’empire du Mal », une vision fortement imprégnée de religiosité et inspirée par le renouveau évangéliste que connaissent les États-Unis. Avec l’arrivée de Gorbatchev au Kremlin et l’épuisement de l’URSS, les deux Grands entament des pourparlers sur le désarmement (accords de Washington en 1987), puis se rapprochent progressivement. Au sommet de Malte en décembre 1989, G. Bush, (le vice président de Reagan qui l’a remplacé depuis 1988) proclame la fin de la guerre froide… Deux ans plus tard, l’URSS disparaît laissant aux EU la place unique de superpuissance…victorieuse.
III) De l’hyperpuissance solitaire à la montée d’un monde multipolaire.
1)Une domination politique et économique sans partage (1991-2001)
Les années 1990 représentent l’apogée de la puissance des États-Unis, au cours de laquelle ils tentent d’instaurer un « nouvel ordre mondial » après la guerre froide. Sans adversaire susceptible de s’opposer à eux, ils s’efforcent alors de promouvoir un système fondé sur la coopération et l’acceptation par tous les pays de règles communes dont le respect est confié à l’ONU. Tout en se posant en modèle, les États-Unis semblent mettre leurs moyens au service de cet ordre international, au point d’être qualifiés de « gendarmes du monde » ; les expressions telles que « hyperpuissance » (Hubert Védrine) ou « puissance globale » (Z. Brzezinski) ont tenté de rendre compte du rôle dominant joué par les E.-U. dans le monde de l’après-Guerre froide.
Tempête du désert, la 1ère Guerre du Golfe
En février 1991, les EUA interviennent au Koweït sous mandat Onusien aidé d’une coalition de 29 pays pour déloger l’armée irakienne de Saddam Hussein.
Les bombardements intensifs et l’offensive dans le désert font capituler l’armée irakienne. A la fin de cette guerre, George Bush annonce un nouvel ordre mondial qui a vu triompher la coalition et l’Amérique sous l’égide de l’ONU. (autre exemple restore Hope en Somalie en 1992)
Avec l’arrivée au pouvoir de Bill Clinton, la politique étrangère connaît une inflexion dans le cadre del’enlargement, une politique de promotion de la paix, et de l’économie de marché, à travers le monde qui se manifeste par de nouvelles interventions militaires (rôle décisif dans le conflit yougoslave : Dayton 1995, Kosovo 1999). Néanmoins les États-Unis sous Clinton demeurent méfiants vis à vis des instances internationales et des risques que celles-ci pourraient faire peser sur leur souveraineté nationale (refus de reconnaître la Cour pénale internationale en 1998).
Le deuxième pilier de la domination états-unienne est la puissance de son économie.
Les États-Unis, selon le principe wilsonien, considèrent que l’ouverture accrue des marchés est un élément essentiel de stabilisation planétaire et de renforcement de leur domination. L’ALENA entre ainsi en vigueur en 1994 sous l’initiative américaine
Ils favorisent donc le processus de mondialisation qui par bien des aspects prend la forme d’une « américanisation » du monde. Le soft power apparaît comme un élément essentiel d’imposition de la puissance par la capacité de séduction d’un modèle triomphant.
Entre 1993 et 1995, les États-Unis jouent par exemple un rôle moteur dans la création de l’Organisation Mondiale du Commerce, dans laquelle ils voient dans l’OMC une possibilité de pacifier le monde, à leur bénéfice, grâce à l’ouverture économique et l’intégration des États dans une institution commune. Cela explique pour partie les efforts de Clinton pour faire entrer la Chine dans l’OMC (déc. 2001)
2) L’unilatéralisme et ses échecs (2001-2008)
Le 11 septembre 2001 conduit l’administration de G.W. Bush à redéfinir ses priorités.
La guerre contre le terrorisme et « l’Axe du Mal » et les États voyous (rogue states) devient l’objectif premier d’une puissance qui considère comme légitime d’intervenir massivement pour défendre ses intérêts (.Afghanistan).
Mais Bush va imprimer une coloration fortement unilatéraliste à sa politique étrangère, considérant que les États-Unis ont le droit de se passer de l’avis de la communauté internationale (Irak mars 2003) et de porter la guerre contre des menaces encore potentielles
: théorie de la guerre préventive. Il ajoute à cela un profond idéalisme puisque ces conflits sont justifiés par l’idéal démocratique américain. Il s’agit d’amener la liberté et la démocratie au Moyen-Orient.
Si les invasions de l’Irak comme celle, auparavant, de l’Afghanistan s’avèrent relativement aisées, elles ne permettent pas de réellement pacifier ces pays. De plus ces interventions massives, pour l’Irak sans le consentement de la communauté internationale, nourrissent de forts courants anti-interventionnistes aux États-Unis comme dans le monde et viennent ternir l’image d’un pays qui semblent s’asseoir sur ses idéaux (Guantánamo). Ces impasses de la politique étrangère nourrissent un profond anti-américanisme dans le monde.
Fortement engagés dans la mondialisation libérale qu’ils ont diffusée dans le monde entier, les États-Unis s’en retrouvent en partie fragilisés. Leur déficit commercial se creuse en grande partie car les entreprises états-uniennes ont massivement délocalisé et le pays est aujourd’hui largement débiteur notamment face à la Chine.
De plus, La crise financière puis économique « révélée » en 2008 par la faillite de Lehmann Brothers a profondément altéré l’économie du pays et montré les dysfonctionnements d’une économie financiarisée.
3) les États-Unis d’Obama, une puissance menacée ?
Élu en 2008 et réélu en 2012, le Président démocrate Barack Obama se retrouve face à de multiples défis pour maintenir la puissance des États-Unis :
- l’émergence de puissances, telles les BRICS, qui acquièrent un poids croissant et qui viennent concurrencer les États-Unis dans de nombreux secteurs ;
-L’endettement du pays est devenu vertigineux. (Fiscal Cliff). Les États-Unis, notamment pour financer leur politique militaire, se sont considérablement endettés (en 2012, la dette dépasse le PIB)
-Le chômage reste élevé malgré le démarrage récent de l’économie. L’administration Obama semble vouloir réindustrialiser le pays pour redonner des emplois aux citoyens américains…
Mais attention, malgré ces indicateurs la puissance reste indépassable encore aujourd’hui. Le
PIB étasunien demeure de loin le premier du monde, une fois et demi supérieur à celui de la
Chine. Les États-Unis orientent massivement leurs investissements vers les industries et services de haute-technologie qui représentent aujourd’hui près de 40 % de leur PIB. C’est particulièrement flagrant dans le domaine de l’économie numérique. Phénomène mondial, né aux États-Unis, l’Internet est totalement dominé par un oligopole d’une douzaine d’entreprises états-uniennes. De plus, les États-Unis investissent massivement dans la recherche-développement, persuadés que s’y trouve la clé du maintien de leur domination économique.
Obama est un pragmatique, il entend permettre aux États-Unis de restaurer leur image dans le monde, pour cela le multilatéralisme et la coopération internationale sont les instruments essentiels de sa politique étrangère. (cf. tentative de dialogue avec l’Iran, volonté de renouer avec les populations arabes -discours du Caire Juin 2009, soutien des révolutions arabes en 2011) Cependant Obama n’entend bien sûr pas se priver du levier militaire, et la lutte contre
Al-Qaida montre à la fois une forme de continuité, mais également de rupture, par rapport à son prédécesseur. En effet, l’administration Obama a fait le choix de privilégier les opérations secrètes, menées notamment par les Forces spéciales (mort de Ben Laden le 2 mai 2011) plutôt que la guerre « classique » beaucoup plus démonstrative, coûteuse en hommes et….politiquement peu efficace.
Ainsi, il a évacué les derniers soldats en Irak mais poursuit la présence en Afghanistan même si le départ des troupes devrait se poursuivre. Mais ne pas exagérer la rupture avec l’administration Bush, les États-Unis sont toujours en guerre et il n’est pas question de réduire le budget militaire. De plus la promesse de fermeture de Guantánamotoujours pas réalisée.
Conclusion générale
Pôle majeur de l’espace mondial, les États-Unis ont construit leur domination sur la puissance et le dynamisme de leur économie, mais également sur la conviction qu’ils ont, par essence, un rôle prééminent à jouer dans le monde, la « destinée manifeste ».
Les guerres mondiales dans la première moitié du XXe siècle les ont amenés à développer par étapes un modèle de puissance multiforme qui, dans le cadre de la Guerre froide, assume son leadership sur une grande partie de la planète. Avec la disparition de leur adversaire soviétique les États-Unis se trouvent confrontés à un nouveau défi, celui de construire autour d’eux un nouvel ordre mondial pacifié.
Puissance globale, les États-Unis ne parviennent cependant pas à réguler seuls la marche du monde, même s’ils assument leurs responsabilités. Ils suscitent des formes de séduction et d’attraction inégalées, mais aussi d’opposition voire de rejet virulent. Aujourd’hui, malgré les difficultés rencontrées et la concurrence nouvelle de certains pays, la puissance états-unienne demeure une réalité.